Middle East Watch
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avril 2017


Un parti ultranationaliste israélien perce dans les sondages

Le Monde

4 février 2009, par Michel Bôle-Richard


Est-ce une conséquence de la guerre contre le Hamas ou la traduction d’un courant radical de droite au sein de la société israélienne ? Toujours est-il qu’un nom est sur toutes les lèvres à moins d’une semaine du scrutin du 10 février : celui d’Avigdor Lieberman. A tel point que, selon les sondages, son parti, Israel Beitenou ("Israël, notre maison"), pourrait devenir la troisième formation de l’Etat juif, devançant les travaillistes. "Si cela continue, ce sera la plus grosse surprise des élections", prédit Rafti Smith, directeur de l’institut de sondages du même nom. Fort de seulement trois députés en 2005, puis onze lors de la dernière législature, Israel Beitenou pourrait conquérir au moins seize sièges et devenir un allié exigeant du Likoud en cas de victoire de Benyamin Nétanyahou, le favori de cette consultation.

A 51 ans, cet ultranationaliste est devenu, par ses accents racistes, ses positions radicales et son franc-parler, une sorte de nouveau "tsar". D’origine moldave, le visage rond cerné par un collier de barbe poivre et sel impeccablement taillé, celui que l’on surnommait "Raspoutine" à l’époque où il était le chef de cabinet du premier ministre Benyamin Nétanyahou, entre 1996 et 1997, a ensuite créé sa propre formation en cultivant la communauté d’origine russe, forte de plus d’un million de personnes.

Emigré à l’âge de 20 ans, cet ancien videur de boîte de nuit à la carrure imposante s’est fait le champion des solutions radicales et des formules à l’emporte-pièce.

"Nous devons continuer à combattre le Hamas comme les Etats-Unis ont combattu les Japonais durant la seconde guerre mondiale", avait-il déclaré, le 13 janvier, alors que l’opération "Plomb durci" n’était pas encore terminée. Depuis, il a déploré que "le travail n’ait pas été achevé et que l’armée la plus puissante du Proche-Orient n’ait pas pu venir à bout de 12 000 terroristes".

Avigdor Lieberman ne mâche jamais ses mots : "Accepter un Iran nucléaire en 2010, c’est comme accepter l’élection d’Hitler en 1933. Un Iran nucléaire, c’est comme Hitler avec l’arme nucléaire." Deux fois ministre d’Ariel Sharon, il avait rejoint le gouvernement d’Ehoud Olmert en octobre 2006 pour justement s’occuper de la question iranienne en tant que ministre des affaires stratégiques. Sa prestation n’a guère été concluante. Il a démissionné en janvier 2008 pour protester contre les négociations de paix avec les Palestiniens, estimant que celles-ci "ne mèneraient nulle part, car le principe de la terre contre la paix est une erreur fatale".

Partisan d’une colonisation à outrance, celui qui se présente comme "un sauveur du pays" habite à Nokdim, une colonie isolée au sud de Bethléem.

Avigdor Lieberman fait campagne sur le thème "Lieberman, je le crois". Ses cibles préférées sont le Hamas, le Hezbollah mais surtout les Palestiniens d’Israël, qu’il considère comme "une cinquième colonne". Dans son livre Ma vérité, il se déclare en faveur d’échanges de population et de territoires entre Israël et l’Autorité palestinienne pour constituer deux Etats "ethniquement homogènes". "Puisqu’ils (les Palestiniens) ont l’audace de demander le droit au retour, il doit aussi y avoir un droit d’expulsion", affirme M. Lieberman.

"IL DANSE SUR LE SANG"

En mai 2006, il avait déjà réclamé la peine capitale pour les députés arabes soutenant le Hamas ou célébrant le jour de la "Nakba" (la "Catastrophe", nom donné au départ forcé de 700 000 Palestiniens lors de la création d’Israël en 1948) au lieu de l’anniversaire de l’indépendance d’Israël. Aujourd’hui, son cheval de bataille est l’adoption d’une loi qui obligerait les Palestiniens d’Israël à prêter allégeance à l’Etat juif sous peine de perdre leur citoyenneté. "Lorsque vous demanderez votre carte d’identité, vous devrez signer une déclaration de loyauté à l’Etat d’Israël, à son drapeau, à son hymne national, à sa déclaration d’indépendance et reconnaître qu’Israël est un Etat juif et sioniste", leur lance-t-il.

Les Palestiniens d’Israël sont vent debout contre cette initiative. "Comment quelqu’un qui est venu de Russie il y a vingt ans peut-il me dicter comment vivre, comment me comporter et si je dois partir ou non ? Lieberman est dangereux pour le pays", s’est indigné Abbas Zakour, du parti Balad.

L’interdiction, il y a un mois, de deux partis arabes par la commission des élections de la Knesset (Parlement) avait déjà donné lieu à des passes d’armes épiques avec les représentants de la minorité arabe (20 % de la population). La décision a été révoquée par la Cour suprême mais l’antagonisme entre Israël Beitenou et la communauté arabe d’Israël ne cesse de s’accroître. Uzi Landau, transfuge du Likoud et numéro deux du parti, s’est indigné lors d’un meeting, dimanche soir 1er février, que des manifestants arabes aient pu brandir des drapeaux du Hamas lors de protestations contre la guerre à Gaza et crier "morts aux juifs". "On est en train d’effacer l’identité juive", s’est-il insurgé avant d’affirmer que "tout ce qui compte lorsque l’on est en guerre, c’est de détruire l’ennemi".


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