Middle East Watch
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avril 2017


Netanyahu, Obama et l’épreuve du changement

L’Orient Le Jour

8 mai 2009, par Emilie Sueur


Le 30 avril, Barack Obama passait le cap des 100 jours de sa présidence. Chiffre symbole qui a donné lieu à toute une série d’analyses sur la politique du nouveau président. Le vrai test néanmoins, le cap au passage duquel il sera intéressant de juger la politique étrangère d’Obama et sa volonté, revendiquée lors de la campagne, de « changement » par rapport à l’administration Bush, aura lieu dans quelques jours, lors de sa rencontre, prévue à la mi-mai, avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.
À l’approche de ce face-à-face, les Israéliens ont du mal à masquer leur inquiétude. Une inquiétude alimentée par les messages envoyés par la Maison-Blanche.

Premier nuage noir dans le ciel israélien, la volonté américaine de dialoguer avec l’Iran, un pays dont l’État hébreu aimerait faire l’incarnation du mal dans la région. Ce qui aurait le mérite de dévier l’attention du dossier israélo-palestinien. L’acharnement des responsables de l’administration Obama, qu’il s’agisse de Joseph Biden, George Mitchell ou Rahm Emanuel, à répéter que la seule solution, sur le dossier israélo-palestinien, est celle à deux États, est une autre source d’inquiétude pour Israël.
Vient ensuite, et peut-être surtout, le fait que Washington ait brisé un tabou en évoquant le nucléaire israélien. Il y a quelques jours, Rose Gottemoeller, responsable américaine chargée de préparer la conférence mondiale sur le Traité de non-prolifération prévue en mai 2010 à New York, déclarait qu’« une adhésion universelle au TNP, y compris par l’Inde, Israël, le Pakistan et la Corée du Nord, demeure un objectif fondamental des États-Unis ». Autant pour la politique dite de l’ambiguïté délibérée par rapport au nucléaire israélien, politique en vigueur depuis les années 1960. « Si ces propos reflètent un début de changement de la politique américaine sur ce dossier, cela constitue peut-être le développement le plus inquiétant que l’on puisse imaginer pour Israël depuis des années », réagissait, mercredi, l’ex-chef de cabinet d’Ariel Sharon, Dov Weisglass.
Dans le registre de la menace, Joseph Biden a également visé un point ultrasensible en osant aborder, il y a quelques jours, la question des colonies israéliennes. Et ce devant l’Aipac, de surcroît. « Peut-être n’allez-vous pas aimer ce que je vais dire, mais Israël ne doit plus construire de nouvelles colonies. Il doit démanteler les avant-postes existants, il doit permettre aux Palestiniens d’aller et de venir librement, et d’avoir accès à des perspectives économiques », a-t-il déclaré.
Reste à voir si toutes ces paroles vont se traduire par des actes et une révision réelle de la politique américaine par rapport à Israël sur des points aussi cruciaux que le nucléaire israélien ou la colonisation. Fin avril, une commission du ministère israélien de l’Intérieur a recommandé l’annexion de 1 200 hectares supplémentaires à Maale Adoumim, la deuxième colonie la plus peuplée de Cisjordanie. Une colonie qui, en s’étendant, finira par couper en deux la Cisjordanie et rendre impossible l’existence d’un État palestinien viable. Washington a souvent exprimé son opposition à l’extension de Maale Adoumim. En vain. Face à Netanyahu, Obama se contentera-t-il d’une nouvelle incantation à l’arrêt de la colonisation ?
Par ailleurs, alors que les Européens sont engagés dans des négociations indirectes avec le Hamas, que Londres accepte de dialoguer avec le Hezbollah, n’est-il pas temps, pour Washington, de revoir son attitude par rapport au Hamas ?
Enfin, alors que les États-Unis ne manquent pas d’épingler les régimes ou mouvements, tel le Hamas, portant atteinte aux droits de l’homme, que l’administration Obama elle-même a récemment publié des notes internes de la CIA justifiant l’utilisation de traitements comme la simulation de noyade - qualifiée de « torture » par Obama -, Washington ne devrait-il pas placer Israël devant ses responsabilités ? Exemple tout frais : le comité antitorture de l’ONU dénonçait, il y a quelques jours, l’utilisation par le « service général de sécurité » israélien d’un centre secret de détention et d’interrogatoires.
La liste est longue des révisions nécessaires de la politique américaine par rapport à Israël pour qu’Obama puisse envisager d’endosser, en toute honnêteté, le costume du médiateur, un costume connu pour être serré aux entournures. Comment attaquer ces travaux d’Hercule ? En rappelant, comme le font tous les équilibristes éclairés du dossier israélo-palestinien avant de s’attaquer aux sujets qui fâchent l’État hébreu, que la sécurité d’Israël est primordiale.


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