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avril 2017


Les prisons de l’Autorité palestinienne, univers de violence et de non-droit

Le Figaro

6 novembre 2009, par Adrien Jaulmes


La guerre civile entre le Hamas et l’Autorité palestinienne se livre à travers des campagnes de répression mutuelles. Alors que le mouvement islamique emprisonne à Gaza les militants du Fatah, le gouvernement de Mahmoud Abbas fait la chasse à ceux du Hamas en Cisjordanie. Dans les prisons des deux entités palestiniennes ennemies, les mauvais traitements et les tortures sont devenus courants. Depuis le début de l’année, quatre détenus politiques sont décédés dans des circonstances peu claires dans les prisons de l’Autorité palestinienne.

Haitham Amr, 33 ans, est arrêté à son domicile à Hébron en juin dernier par les services de renseignements palestiniens. Cet infirmier en apparence sans histoires était soupçonné d’appartenir à la branche armée du Hamas. Quatre jours plus tard, il est mort, prétendument après s’être jeté du deuxième étage de la prison en tentant de s’échapper. Son corps présente des traces de coups, notamment aux reins et aux testicules, qui laissent supposer qu’il a été sévèrement battu. Le docteur Mangin, du centre universitaire de médecine légale de Genève, constate, d’après les images qui lui sont adressées par la famille, que le corps ne présente « aucune lésion traumatique évocatrice d’une défenestration ». Son père, militant du Fatah, ne croit pas à la thèse de l’accident. « Il a été torturé à mort pendant quatre jours. Ils ont ignoré ses appels au secours. Il est mort d’une hémorragie interne », dit le vieux monsieur. L’Autorité palestinienne a fini par admettre qu’Haitham est mort en prison de mauvais traitements.

Fadi Hamadneh, 27 ans, arrêté lui aussi en juin 2009, cette fois dans un village près de Naplouse, est retrouvé pendu dans sa cellule de la prison d’al-Juneid. L’autopsie, menée par un médecin danois dépêché par al-Haq, la plus ancienne organisation palestinienne de défense des droits de l’homme, confirme la mort par strangulation, mais relève aussi des traces de torture, une grave déshydratation et la présence de morceaux de verre dans l’estomac.

Totale impunité

Deux autres prisonniers étaient décédés auparavant dans des circonstances suspectes. « La torture est maintenant une pratique répandue dans les prisons palestiniennes, explique Shawan Jabarin, le directeur d’al-Haq. Les techniques ont évolué. Les différents services de sécurité de l’Autorité palestinienne utilisent à présent des méthodes qui laissent moins de traces. Ils s’inspirent souvent des Israéliens, mais aussi des Américains, qui les entraînent en Jordanie. »

La bastonnade sur la plante des pieds, extrêmement douloureuse, a l’avantage de n’entraîner aucune lésion. Une autre méthode répandue, surnommée « Shebeh », consiste à attacher le prisonnier dans une position insupportable pendant de longues heures. « L’État palestinien qui est en train d’être créé en Cisjordanie ressemble plus à un État policier qu’à une démocratie, estime Sawan Jabarin. Les États-Unis et l’Union européenne, qui financent l’Autorité palestinienne et entraînent les policiers, peuvent arrêter la torture en un jour, en demandant fermement à Abou Mazen de punir les coupables. Pour le moment, ceux-ci bénéficient d’une totale impunité. C’est la culture de la sécurité. »

L’organisation de défense des droits de l’homme estime qu’entre 500 et 700 prisonniers politiques sont actuellement incarcérés hors de tout cadre légal dans les prisons de l’Autorité palestinienne. « On ne peut pas comprendre ces incidents sans avoir à l’esprit la situation dans laquelle nous nous trouvons, explique Said Abou Ali, le ministre de l’Intérieur de l’Autorité palestinienne. Nous sommes en guerre : une guerre politique, psychologique, financière. La brutalité de la prise du pouvoir par le Hamas à Gaza a suscité la terreur en Cisjordanie. Le résultat a été de susciter des réactions individuelles disproportionnées chez certains policiers. Et je vous rappelle que les membres du Fatah ont beaucoup appris dans les prisons israéliennes. »

Pour Abou Ali, l’Autorité palestinienne fait face à une menace existentielle. Au cours d’un raid mené cet été à Qalqilya, en Cisjordanie, par la police palestinienne contre un groupe de militants du Hamas, ont été selon lui « découverts les préparatifs d’un coup de force du Hamas en Cisjordanie, comme celui de Gaza ».

33 morts dans les geôles du Hamas

Le ministre, en poste depuis quelques mois, admet l’existence de la torture dans ses prisons. « Il n’y a aucun doute : il y a eu des excès dans les interrogatoires et des violations des droits de l’homme. Nous regrettons ces actes, leurs auteurs seront punis », dit-il. « Nous ne sommes pas la Suisse, poursuit Abou Ali, mais nous essayons de bâtir les institutions d’un État moderne et démocratique. Et de tourner la page de la torture. »

Du côté du Hamas, on n’est pas en reste. Selon al-Haq, 33 personnes ont été victimes d’assassinats extrajudiciaires depuis le début de l’année 2009. Le gouvernement de facto du Hamas a introduit un nouveau délit de « coopération avec Ramallah et l’Autorité palestinienne » et ouvert des prisons secrètes où sont détenus des membres du Fatah.


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