Middle East Watch
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avril 2017


Des Palestiniens forcés de démolir eux-mêmes leur maison à Jérusalem-Est

L’Orient Le Jour

23 juin 2009,


« Vous voulez qu’on détruise notre maison et qu’en plus on paie pour ça ? » Fatima Ghosheh est révoltée. Forcée de détruire sa maison à Jérusalem-Est, elle doit en plus en financer la démolition. « Ils sont venus à 7h du matin pour démolir », raconte à l’AFP cette mère de quatre enfants. « On leur a dit qu’on préférait le faire nous-mêmes. Car ils voulaient nous faire payer les frais », s’insurge-t-elle. Selon elle, la mairie leur a laissé le choix entre tout casser par eux-mêmes ou payer 100 000 shekels (18 250 euros) pour la démolition.
Plusieurs familles palestiniennes de la vieille ville, sous occupation israélienne, ont reçu un ordre similaire de la mairie car leur maison a été construite ou agrandie sans autorisation. Mais, se défend Fatima, 28 ans, « on a fait une demande pour les travaux. Le problème est que les permis sont systématiquement refusés aux Palestiniens ». « Les constructions sans permis sont illégales », justifie-t-on à la municipalité de Jérusalem. L’ONU affirme que 1 500 ordres de démolition ont à ce jour été émis à Jérusalem-Est pour des maisons construites sans permis.

Selon le porte-parole du maire Nir Barkat, élu en novembre 2008, ces ordres ne visent pas les seuls Palestiniens, mais « tous les résidents et tous les emplacements, de manière équitable ». « Bien sûr qu’il y a une discrimination », répond Meir Margalit, du Comité israélien contre les destructions de maisons, une ONG israélienne. « Il y a une discrimination claire et systématique » de la part des responsables politiques israéliens, affirme-t-il.
En théorie, les paramètres pour délivrer les permis de construire sont les mêmes pour tous à Jérusalem. Ils relèvent du plan d’aménagement du territoire, et les permis sont refusés pour les maisons situées en zone qualifiée de « verte ». Dans les faits, la majeure partie de Jérusalem-Est se trouve dans une telle zone, contrairement à Jérusalem-Ouest, relève Meir Margalit. « C’est une décision politique. Ils (les Israéliens) ne donnent pas de permis. Ils ne disent jamais refuser parce que vous êtes palestinien, mais parce que les permis ne peuvent être délivrés en zone "verte" », assure-t-il.
Dans son Lexique sur les démolitions de maisons à Jérusalem-Est, l’ONG Ir Amim (Ville des peuples) explique que « depuis 1967, le principal moyen pour bloquer les constructions palestiniennes à Jérusalem-Est a été la planification afin de maintenir une large majorité israélienne dans la ville ». Selon elle, sur les 85 démolitions ordonnées par la mairie en 2008, 27 étaient « volontaires ».
La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a critiqué la politique israélienne de démolition de logements palestiniens érigés ou agrandis sans permis, la jugeant contraire à la feuille de route, qui prévoit une solution à deux États pour mettre fin au conflit israélo-palestinien. Selon l’Office de l’ONU pour la coordination des activités humanitaires (OCHA), quelque 60 000 Palestiniens seraient menacés de perdre leur logement si toutes ces constructions étaient rasées. L’OCHA affirme que seulement 13 % de la superficie de Jérusalem-Est est réservée à la construction palestinienne, et que la politique israélienne de construction « engendre un déficit de 1 100 logements par an dans les communautés palestiniennes de Jérusalem-Est ».
Un résident de Jérusalem-Est, Mohammad Taha, 67 ans, doit présenter le 1er juillet au tribunal les photos prouvant qu’il a détruit l’extension de sa maison construite sans autorisation. « On a demandé un permis de construire, mais la mairie a refusé », car, accuse-t-il, « ils veulent nous faire partir de la vieille ville ».


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